lundi, 21 juillet 2014  |  5 visiteurs
 

Fluctuat nec ascenditur


La TIPP flottante revient sur le devant de la scène. Rappelons-en brièvement le principe : le contribuable automobiliste voit sa facture allégée de deux centimes par litre de carburant, dont un est payé par l’augmentation mécanique des recettes de TVA et l’autre sur le déficit public. Le but est que ceux qui utilisent leur véhicule se sentent soulagés et que la charge soit reportée sur ce qui ne se voit pas, l’endettement du pays.

Au-delà de ce côté cosmétique, il y a aussi l’éternel argument qu’il faut épargner aux pauvres les duretés du destin et que pour cela on peut bien taxer un peu plus ceux qui, ayant mieux réussi, sont déjà lourdement imposés. Ne serait-il pas plus simple de réduire la TIPP d’un ou deux centimes pour de bon ? Et les dépenses publiques aussi, bien sûr.

Ah, le bât blesse des deux côtés !

D’une part, on peut toujours prétendre, avec la TIPP flottante, qu’une prochaine amélioration de la conjoncture permettra de compenser, et au-delà, le sacrifice consenti temporairement sur l’équilibre des comptes publics. En principe, il faut de bonnes œillères pour ne pas voir dans l’histoire récente la preuve de l’inanité de tels arguments, mais l’expérience montre que même de mauvaises, comme celles des médias communs, fonctionnent parfaitement.

D’autre part, et sans doute plus caractéristique encore, d’aucuns voient des avantages dans le rôle redistributeur de la TIPP flottante, qui obligerait ceux qui paient des impôts, en gros ceux qui ont réussi malgré les barrières de steeple disposées sur leur chemin, à aider les méritants qui travaillent loin de leur domicile, ne paient pas d’impôts et n’ont pas de quoi se permettre les frais d’un tel emploi. Des avantages ! Euh... L’avantage est très moral, n’est-ce pas — oui, dans ma génération, on disait déjà avantage moral pour éviter le « handicap » si politiquement incorrect. Pire, cela relève du bon principe bien scolaire que la classe est faite pour les derniers, pour les empêcher de décrocher, quitte pour cela à sacrifier les chances des premiers de se détacher, et à maintenir la classe au niveau des cancres plutôt que d’élever chacun au maximum de ses possibilités.

La société n’est pas une classe d’école. S’il est souhaitable de ne pas enfoncer les médiocres, il est tout aussi souhaitable de ne pas, pour les garder à flot, écraser tous les autres.


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