vendredi, 25 juillet 2014  |  2 visiteurs
 

Mille sabords, à 19.6 euros le sabord


On croirait l’Automne à Pékin. Tandis que des administrateurs à côté de la plaque commandent, via des petits chefs détestables, la réalisation de projets absurdes fondés sur des lignes de foi perverses, les vraies gens s’aiment et meurent là où ces projets prennent corps. Et dans l’Automne à Pékin, l’arrivée du ballast qui permettra, en le glissant sous les rails, de finir la ligne de chemin de fer d’Exopotamie coïncide avec le dénouement catastrophique de l’histoire.

Je ne parle pas ici (pas encore, du moins) de la réglementation de la finance mondiale. Non, cette histoire de ballast ne concerne pour le moment que les ports français. Pendant la tempête de l’autre nuit, un navire maltais — Ah, Malte, pavillon des navires perdus, que serait l’Union Européenne sans toi ? — s’est échoué sur la plage d’Erdeven. Pour ne pas avoir à payer les 10000 euros d’une nuit au port, le TK Bremen, sur ballast, est allé mouiller à l’abri de l’île de Groix. Lorsque le vent a tourné, il a chassé sur ses ancres et s’est retrouvé au sec en peu de temps. Précisons, à l’intention d’une certaine journaliste de radio pleine de bonne volonté pédagogique et des hommes politiques, que pour un navire "sur ballast" ne signifie pas qu’il transportait ces pierres qu’on utilise pour les lignes de chemin de fer, mais que le navire était lège, vide, et que sa stabilité n’était assurée que par le remplissage de cuves ad-hoc dites ballasts. Précisons également qu’un ballastage insuffisant augmente le fardage, c’est-à-dire la prise au vent — non, non, madame la journaliste, pas question de maquillage dans cette affaire —, et qu’il n’est pas rare que par économie sur le fonctionnement ou même l’entretien des pompes, une telle insuffisance apparaisse. Il arrive même que ces périodes au mouillage servent à effectuer des réparations mécaniques urgentes, vu qu’elles ne le sont jamais au point de payer les droits pour les faire au port.

Donc, les habitudes laxistes et approximatives de certains navigateurs ne peuvent être écartées de la responsabilité d’un accident malencontreux. Nonobstant, les journalistes et politiciens pourraient montrer un peu plus de bon sens et de respect envers les amoureux des plages et les ostréiculteurs en difficulté : prétendre, à l’instar d’un célèbre cheminot devenu ministre des transports, qu’il faut légiférer pour que les terriens décident si les marins doivent être consignés au port quand le temps se gâte, c’est bas et sans effet. Bas, parce que l’escarcelle où ils paient les droits est celle du législateur/élu local qui décidera justement si les conditions sont réunies pour les libérer — gageons que le temps sera long à se calmer... Sans effet parce qu’il suffit de faire un tour sur les rivages de la baie de Douarnenez un jour de tempête pour constater que pour un navire qu’on retiendra de force au port, il y en a deux douzaines qui n’avaient ni l’intention ni la place d’y faire escale, et qui se seront néanmoins mis à l’abri dans les mêmes conditions, et par conséquent avec les mêmes risques, que le TK Bremen l’autre nuit.

En résumé, journalistes et politiciens espèrent éviter les accidents par des règlements déconnectés de toute connaissance du domaine, et par l’augmentation de leurs prébendes. Quand je vous disais qu’on parlerait bientôt de la finance mondiale...


NDLR : L’illustration est extraite du tableau d’Eugène Boudin "Douarnenez, baie de mer avec des navires" visible eg ici :
http://www.repro-tableaux.com/a/eug...
(pardon pour avoir redimensionné/réduit ce très joli tableau !)

1 Message


modération à priori

Ce forum est modéré à priori : votre contribution n'apparaîtra qu'après avoir été validée par un administrateur du site.

Un message, un commentaire ?
  • (Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.)

Qui êtes-vous ? (optionnel)