vendredi, 22 août 2014  |  1 visiteurs
 

Mollusque allumé


Parlons un peu des coques planantes. Non, il ne s’agit pas de mollusques ayant succombé à l’attrait du joint, mais de carènes de navires qui bénéficient d’un phénomène de déjaugeage. En les élevant au-dessus de la vague d’étrave par une poussée un peu plus forte pendant une courte période, on réduit considérablement la surface mouillée et par suite la résistance à l’avancement, si bien qu’on peut ensuite se déplacer beaucoup plus vite et en consommant bien moins d’énergie qu’avant.

En économie, les mesures de relance procèdent évidemment du même principe, enfin au moins de la même intention. Ainsi, quand on aborde la question du choix entre augmenter les prélèvements et diminuer les dépenses afin de réduire le déficit, on découvre un extraordinaire consensus des politiques de tous bords et des journalistes de tous médias pour affirmer que restreindre la dépense pénaliserait la consommation et donc briserait la croissance : on retomberait derrière la vague d’étrave, on taperait dans la lame, on gaspillerait nos efforts à une allure moindre, tout ça pour ne pas avoir préservé précieusement les conditions du déjaugeage.

Cependant, si l’on regarde avec objectivité notre esquif, la maigreur de la croissance depuis des lustres nous frappe, alors que les relances n’ont pas été épargnées pour s’élever sur cette fameuse vague d’étrave. Ca fait trente ans, au moins, que nous relançons sans que les conditions aient jamais été réunies pour déjauger, reconnaissons-le. Ne serait-il pas temps d’examiner notre carène, et de se demander si quelques modifications de structure ne seraient pas indispensables pour la rendre planante ? C’est que celui qui relance pendant trente ans en perdant toujours est un joueur invétéré qui devrait se faire soigner, certainement pas un bon navigateur...

Mais bien entendu, même en donnant une forme exemplaire à notre carène et en la grattant de tous les pousse-pieds qui veulent imposer leur favori pour être grand bigorneau à la place du grand bigorneau, il restera le problème de l’énergie motrice. Les fournisseurs de souffle sont en train de se lasser de nos promesses, ils voient bien maintenant que l’histoire des shadocks, se dépêchant de rater leurs 999 premiers lancements pour atteindre celui qui a la chance sur mille de réussir, n’était pas de l’humour mais un principe fondateur, et que nos efforts ne porteront jamais les fruits qui nous permettraient de les rembourser de leur aide. Et là pour les remplacer, pousse-pieds et bigorneaux sont d’accord comme on l’a dit plus haut : la solution consisterait à réquisitionner tous ceux qui à bord du navire ont montré par leur réussite personnelle une bonne capacité pulmonaire, les riches en un mot, et à les forcer à souffler sur la voile pour remplacer les vents extérieurs défaillants. A ces admirateurs du procédé mis en œuvre par Plick et Plock dans leurs malices, disons tout net qu’à l’instar de leur frère le sapeur Camember, ils ont été mis dans cette situation pour illustrer ce que les gens raisonnables savent qu’il ne faut pas faire.

Il ne sert donc à rien de remplacer Plick par Plock à la barre ou vice-versa. Il ne sert à rien non plus de prélever, par envie et jalousie, les ressources de ceux qui savent les valoriser pour en confier la direction à des moralistes qui n’ont pas la moindre notion de physique, d’arithmétique ou d’économie. Nous ne savons pas déjauger ? Eh bien laissons ceux qui le savent le faire au moins pour eux-mêmes, et récompensons à sa juste valeur le partage qu’ils pourraient faire avec nous de cette compétence : dessin d’une carène plus adaptée, grattage de la coque, fourniture d’énergie propulsive, etc.

Voilà, c’est simple, mais finalement tout bien réfléchi, les seules coques planantes que nous verrons jamais sont peut-être bien quand même des mollusques allumés, ceux qu’on peut déjà admirer chaque soir et chaque matin en train de nous conter leurs délires oniriques dans les débats télévisés et les interviews radiophoniques.

(Article initialement paru en octobre 2011)


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